Plusieurs petites questions (en vrac)...

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    Message  deb76 le Lun 22 Sep 2008 - 19:44

    On apelle apparemment ca de la musique "acousmatique

    Oui, j'avoue ne pas trop aimer cette définition. Car l'Acousmatique a perdu du coup de son sens. Initialement, c'est le procédé de diffusion par un grand nombre de haut-parleurs (comme pour simuler un grand orchestre virtuel) qui a été conçu par le GRM, pour diffuser la musique électroacoustique. Ce qui me gène, avec la définition de Wikipédia, c'est cette façon de tout englober. Du coup, la musique concrète devient de la musique Acousmatique, et il n'y a plus de courant, de période pour se repérer dans l'histoire de la musique.
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    Re: Plusieurs petites questions (en vrac)...

    Message  dub.-°! le Lun 22 Sep 2008 - 19:55

    Les passages qui englobent bien l'electronica...
    Ce support est au musicien acousmatique ce que la pierre est au sculpteur, la toile au peintre, l’épreuve au photographe, la pellicule au cinéaste. Comme le sculpteur son matériau, il taille dans la matière des sons, il construit, il détourne, souvent. Comme le peintre ses couleurs, il juxtapose, il mélange, il transforme, il compose. Comme le photographe, il saisit, il cadre, il éclaire, il surimprime. Comme le cinéaste enfin, il régit le temps, il crée le mouvement, il monte, il oppose, jouant de la répétition et de l’attente, de la continuité et de la rupture, de la fluidité et du heurt. Comment ? A partir d’un matériau initial : le son, au sens le plus large du terme. À partir de prises de son. Acoustiques, elles peuvent être faites à partir de jeux sur divers instruments choisis pour leur aptitude à “sonner” (des corps sonores), d’univers habités d’événements caractéristiques, de parcours, de gestes ou de séquences jouées à dessein, voire de sons “figuratifs” ou de jeux sur des instruments traditionnels ou “exotiques”. Synthétiques, elles peuvent être constituées de sons ou de séquences électroniques jouées au synthétiseur, ou numériques, issues d’une programmation logicielle ou de transformations immédiates d’événements sonores.
    Rappelons que plus que dans la nouveauté des sons et des timbres, la nouveauté radicale de l’art acousmatique gît dans la possibilité de fixer ces sons et de les réécouter autant que nécessaire au cours du travail, afin d’agir sur leurs caractères propres (attaque, timbre harmonique, grain, allure, dynamique, etc.), et enfin de livrer l’œuvre aux auditeurs, sans que ceux-ci aient accès aux sources “réalistes” (causales, anecdotiques) des sons. La dimension auditive pure est directement sollicitée. En l’absence de stimulation ou de distraction visuelle parasite, seul le son parvient à la perception et l’imaginaire entre en jeu alors librement.

    Initialement, c'est le procédé de diffusion par un grand nombre de haut-parleurs (comme pour simuler un grand orchestre virtuel) qui a été conçu par le GRM, pour diffuser la musique électroacoustique.
    Oui mais les choses evoluent ^^
    Dans l'historique, ils en parlent de ce GRM :
    En 1951 le groupe de Pierre Schaeffer devient le Groupe de recherches de musique concrète de la RTF. Il est réorganisé en 1958 sous le nom de Groupe de recherches musicales (GRM)
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    Re: Plusieurs petites questions (en vrac)...

    Message  deb76 le Lun 22 Sep 2008 - 23:42

    Ce support est au musicien acousmatique ce que la pierre est au sculpteur, la toile au peintre, l’épreuve au photographe, la pellicule au cinéaste. Comme le sculpteur son matériau, il taille dans la matière des sons, il construit, il détourne, souvent. Comme le peintre ses couleurs, il juxtapose, il mélange, il transforme, il compose. Comme le photographe, il saisit, il cadre, il éclaire, il surimprime. Comme le cinéaste enfin, il régit le temps, il crée le mouvement, il monte, il oppose, jouant de la répétition et de l’attente, de la continuité et de la rupture, de la fluidité et du heurt. Comment ? A partir d’un matériau initial : le son, au sens le plus large du terme. À partir de prises de son. Acoustiques, elles peuvent être faites à partir de jeux sur divers instruments choisis pour leur aptitude à “sonner” (des corps sonores), d’univers habités d’événements caractéristiques, de parcours, de gestes ou de séquences jouées à dessein, voire de sons “figuratifs” ou de jeux sur des instruments traditionnels ou “exotiques”. Synthétiques, elles peuvent être constituées de sons ou de séquences électroniques jouées au synthétiseur, ou numériques, issues d’une programmation logicielle ou de transformations immédiates d’événements sonores.

    Dubbyboy, cette définition qui est tellement généraliste et qui peut m'englober, puisque je fais de même, ne me convient pas. Car je ne me sens pas du tout un musicien acousmatique.
    Tu dis "les choses évoluent", certes, mais cette définition me dérange. Concernant l'electronica je lis ça aussi dans Wikipedia :
    L'electronica désigne généralement une musique électronique tournée vers l'expérimentation et qui n'a pas comme vocation première la danse. C'est pour cela qu'on a parfois tendance à la rapprocher de la musique électroacoustique. L'electronica est également proche et se confond même parfois avec l'IDM (intelligent dance music) ou braindance.
    et ça aussi :
    Dans un sens plus strict, c'est une musique électronique basée généralement sur un tempo plus lent que la Techno mais comportant tout de même des beat formant un rythme, ce qui la différencie de l'Ambient. L'Electronica a une approche plus expérimentale que la Techno minimale, on peut comparer la musique d'Autechre (Electronica) et de Richie Hawtin (Techno minimale) pour mieux comprendre.
    Au moins, là, il y a des références, des précisions, des courants différents.

    D'où, mon agacement de voir la récupération d'un terme - Acousmatique - au profit d'une généralisation qui balaye d'un trait de plume des années d'histoire de la musique expérimentale.

    Ainsi, concernant la musique concrète, c'est Serge Moreux, lors du premier concert de musique concrète en 1950 à l'Ecole Normale de Musique de Paris qui donnera cette définition :
    La musique concrète est l'emploi du son à l'état natif, tel que le fournit la nature, le fixe les machines, le transforment leur manipulation.

    Et bien entendu, cette musique évolue, des sons simplement enregistrés et transformés par les machines, on intègre l'électronique, les oscillateurs. Mais aussi instrumentale. C'est Edgar Varèse qui le premier a intégré au coeur de l'orchestre des magnétophones avec trois parties électroacoustiques de sons organisés pour Déserts et qui sera créé le 2 octobre 1954 au théâtre des Champs Elysées à Paris. Les sons qui ont été traités avec le concours de Pierre Henry avaient été enregistrées dans des fonderies et des aciéries près de Philadephie aux Etats Unis. L'idée de Varèse était de faire coller ces sons d'aciéries à la couleur de la masse orchestrale. C'était en quelque sorte le précurseur de la musique Spectrale (orchestre et transformations de timbres par ordinateur). Je passe l'Ecole de New York, le studio de Cologne, etc, pour arriver à la création de l'Acousmonium. Imaginé par François Bayle, cet orchestre de 80 haut-parleurs sera inauguré le 12 février 1974 à l'Espace Cardin...

    Voilà, cette histoire j'y tiens, elle est importante à mes yeux. Elle me permet de me situer alors que la définition plus haut ne me le permet pas.
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    Re: Plusieurs petites questions (en vrac)...

    Message  dub.-°! le Mar 23 Sep 2008 - 0:00

    Voilà, cette histoire j'y tiens
    L'article wikipedia est éditable...

    Merci pour toutes ces precisions
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    Re: Plusieurs petites questions (en vrac)...

    Message  ehgdae le Mar 23 Sep 2008 - 9:30

    Il y a une légère nuance entre "musique acousmatique" et "expérience acousmatique".

    Le terme de musique acousmatique vient de cette petite anecdote : Jean Michel Jarre a fait un stage au GRM du temps où cette combinaison de musique concrète et de musique électronique (celle de Stockhausen, pas celle d'Autechre) s'appelait musique électroacoustque. Fort de cette expérience valorisante, et sous prétexte de mettre quelques bsing boing dans sa musique, JMJ a clamé sur toutes les ondes qu'il faisait de la musique électroacoustique, ce qui est faux, sa musique étant avant tout tonale. Agacement de François Bayle et invention d'un nouveau nom pour se démarquer...

    L'expérience acousmatique est celle que nous faisons tous quand on écoute de la musique enregistrée.

    En somme la musique électroacoustique est une expérience acousmatique.
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    Re: Plusieurs petites questions (en vrac)...

    Message  deb76 le Mar 23 Sep 2008 - 10:19

    Agacement de François Bayle et invention d'un nouveau nom pour se démarquer...

    egdhae, l'agacement de François Bayle était lié, effectivement, à l'utilisation du terme musique électroacoustique pour cette musique jouée par les synthétiseurs et essentiellement tonale. Il y avait, à l'époque Jean-Michel Jarre qui n'avait pas encore sa notoriété actuelle bien qu'il avait joué en live à l'Opéra en 1970 et fait des musiques de film, mais aussi d'autres musiciens qui se revendiquait de cette appelation générique.

    Et effectivement, François Bayle a repris le terme d'acousmatique qu'avait utilisé Schaeffer ("acousmatique" se dit d'un son que l'on entend sans voir la cause dont il provient) et qu'il lance en 1973 avec l'Acousmonium. C'était une façon de se démarquer. (Cf Michel Chion).

    A bien y regarder, il n'a pas trop réussi dans cette volonté de se démarquer. Et c'est pour ça, qu'a choisir, je préfère le terme électroacoustique, acousmatique étant trop connoté pour moi à l'esthétique du GRM. Je me sens plus proche de celle de l'Ircam.

    L'expérience acousmatique est celle que nous faisons tous quand on écoute de la musique enregistrée.
    Et justement, c'est cette définition que je déteste aujourd'hui, car justement devenue trop généraliste. J'ai une réaction totale de rejet.

    Mais je ne sais pas si je me fais comprendre, car ma réaction ne se veut pas polémique, disons que je regrette justement qu'avec le terme acousmatique utilisé aujourd'hui, toute la jeune histoire de la musique électroacoustique (y compris dans sa composante Informatique avec l'Ircam, Standford, MIT, GRM aussi) soit balayé historiquement et esthétiquement.
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    Re: Plusieurs petites questions (en vrac)...

    Message  ehgdae le Mar 23 Sep 2008 - 11:08

    Pas de polémique ;-) surtout qu'on est d'accord, c'est évident.

    C'est justement parce que la définition généraliste du mot "acousmatique" t'horripile, ce que je comprends et partage (!!) que j'ai proposé cette différence entre :
    - "musique acousmatique" : qui a une connotation GRM, qui définit une esthétique musicale précise (et en conséquence parlons donc de musique électroacoustique, hors des chapelles)
    - et "expérience acousmatique" : terme générique du langage commun

    Cette distinction justement permet de ne pas balayer d'un revers de main toute cette riche histoire. Sans cela, j'ai les mêmes regrets que toi. C'est pareil dans la musique progressive où les jeunes amateurs sont souvent convaincus qu'elle a commencé avec Dream Theater. Et figures-toi que Kraftwerk n'est que peu connu parmi beaucoup de technoïdes, et s'ils les connaissent, ils trouvent ça plutôt nul et kitch, préférant Daft Punk...

    Ceci dit, peux-tu détailler ce qui distingue dans le fond les démarches du GRM et de l'IRCAM ?
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    Re: Plusieurs petites questions (en vrac)...

    Message  deb76 le Mar 23 Sep 2008 - 11:36

    Pas de polémique ;-) surtout qu'on est d'accord, c'est évident.

    Oui, ça je sais bien, non, c'était plutôt à destination des plus jeunes qui ne comprendront pas forcément notre agacement. Disons qu'on affine.

    Ceci dit, peux-tu détailler ce qui distingue dans le fond les démarches du GRM et de l'IRCAM ?
    Amusant, je m'étais fais le pari que tu allais réagir sur les esthétiques du GRM et de l'Ircam.

    Je vais te répondre dans le fond plus tard car je vais travailler. Mais dans un premier temps, je dirais l'histoire, l'affilation au moins dans ses débuts à la musique concrète, à la démarche de Schaeffer pour le GRM même si le GRM dès 1969 se préoccupait del'informatique en commandant Mutations à Jean-Claude Risset, que Francis pose cette problématique lors d'un séminaire interne en 1970.

    Pour l'Ircam, ne serait-ce que par sa date de création, de ses membres qui la composent, c'est l'affiliation aux grands centres de recherche que peuvent être les universités américaines, Standford, MIT, etc. Avec le choix d'utiliser le programme créé par Max Matthews "Music" qui ira de Music 1 à Music 10, sur lequel j'ai travaillé quand j'ai fait le stage à l'Ircam. Sa suite logique, après le portage de Music 11 par Barry Vercoe du MIT en C, étant Csound, programme libre, ouvert à tous, fabuleux en terme de synthèse mais horriblement compliqué en regard des interfaces d'aujourd'hui. Et principalement en différé même si on peut faire du temps réel.
    C'est l'aventure de la station musicale en temps réel.

    Et puis, il ne faut pas oublier la nature même de son président, Pierre Boulez, compositeur et chef d'orchestre, donc, c'est aussi en parralèle, la création de l'ensemble intercontemporain. Et du coup, des créations qui vont allier transformation en temps réel d'instruments de l'I.E. J'invite ceux qui lisent ce post, à écouter Répons. Créée en 1981, à l'automne à la Maison de la Culture de Bobigny, je puis vous assurer que je n'avais jamais entendu une telle musique, l'orchestre étant au centre, le public autour et les sons déclenchés en temps réel qui tournoyaient autour de nous, notamment les sons cristallins issus du piano.

    Voilà, sans trop réfléchir, ce qui me semble être la différence entre les deux centres.
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    Re: Plusieurs petites questions (en vrac)...

    Message  ehgdae le Mar 23 Sep 2008 - 13:02

    Amusant, je m'étais fais le pari que tu allais réagir sur les esthétiques du GRM et de l'Ircam.

    Tu t'es donc gagné une petite douceur de la vallée de la Steige !

    Merci et @+ pour la suite ...

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